Studio ouvert / Prochain créneau Sept 2026 18°55′S · 47°32′E / —:—:— TNR
§ 05.08  ·  Analyse

← Retour au Journal

ProjetAnalyse N° 08
SujetCrise politique malgache — septembre-octobre 2025
SecteurSociété · Communication de crise
Statut● Publié · Nov 2025

Comment le pouvoir a perdu le contrôle de la situation.

Défaillance des services publics, silence présidentiel, militarisation du pouvoir civil. Comment une gouvernance qui a négligé les besoins fondamentaux des citoyens a perdu le contrôle de la situation.

Comment le pouvoir a perdu le contrôle.
01 — Gen Z, déclencheur d’un mouvement inédit

Comment une jeunesse connectée a fait trembler le pouvoir malgache.

  • Manifestations Gen Z — mobilisation massive inédite à Antananarivo, septembre 2025.
  • Défaillance des services essentiels — coupures quotidiennes prolongées et pénuries d’eau chroniques.
  • Crise économique profonde — 69,2% de pauvreté extrême et chômage massif des jeunes.
  • Amplification par les réseaux sociaux — TikTok et Facebook comme plateformes de mobilisation et coordination.

Un mouvement spontané mais structuré : « Nous ne sommes pas une génération sacrifiée ».

Source : Banque mondiale (2021), taux de pauvreté extrême mesuré au seuil de 3$/jour (PPP 2021).

02 — Facteur #1 : défaillance des services publics

Le déclencheur principal de la colère populaire.

Les coupures d'électricité se sont prolongées dans les grandes villes malgaches en septembre 2025, selon une progression continue : janvier — occasionnelles, avril — fréquentes, juillet — régulières, septembre — quotidiennes. Les infrastructures, défaillantes et vétustes, souffrent d'investissements publics en baisse significative dans le secteur énergétique. La pénurie d'eau chronique a privé de nombreux quartiers populaires d'eau courante pendant plusieurs jours consécutifs, sans réponse officielle aux pétitions de quartier ni aux manifestations pacifiques.

Le déclencheur de la révolte : une gouvernance qui a négligé les besoins fondamentaux des citoyens, privilégiant les grands projets d'image aux services essentiels.

Source : JIRAMA (société nationale d'eau et d'électricité).

03 — Facteur #2 : communication de crise ratée

Le silence présidentiel qui a amplifié la colère.

Sept jours sans communication officielle au début de la crise. La chronologie : jours 1-4, manifestations Gen Z sans réponse officielle ; jour 5, premiers morts et silence du président ; jour 7, dissolution du gouvernement et communication tardive.

Le discours envers la Gen Z a été jugé infantilisant, sur un ton condescendant aggravant le sentiment de ne pas être écouté. Les commentaires ont été fermés sur les réseaux sociaux — supprimant les retours critiques et privant le pouvoir de visibilité sur les ressentis. Le framework de communication de crise (réactivité immédiate, transparence, empathie, cohérence) a été ignoré sur les quatre points, avec pour conséquence une escalade de la crise et une perte totale de confiance.

Cette jeunesse ne comprend pas les réalités du pays...

Allocution présidentielle, octobre 2025

Ce n'est pas moi, c'est le ministre de l'énergie qui a failli.

Discours lors du limogeage du ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures
04 — Facteur #3 : répression et militarisation

Comment la gestion sécuritaire a provoqué une escalade incontrôlable.

Selon l'ONU, au moins 22 morts sont à déplorer dans la répression des manifestations — un chiffre contesté par le gouvernement. Chronologie : environ 23 septembre, arrestation de deux conseillers municipaux ; 25 septembre, manifestation massive contre les coupures d'eau et d'électricité, puis pillages dans la soirée ; 29 septembre, dissolution du gouvernement ; 2 octobre, nomination d'un général (Zafisambo) comme Premier ministre ; 6 octobre, répression violente des manifestations ; 11 octobre, l'unité d'élite CAPSAT refuse d'obéir aux ordres de tirer.

22+
Morts recensés selon l’ONU

La militarisation, loin d'apaiser la crise, l'a transformée en véritable poudrière institutionnelle.

05 — Analyse par frameworks de gestion de crise

Mode réactif vs approche proactive.

Le mode réactif observé : réponses purement défensives, allers-retours conflictuels constants, déresponsabilisation systématique. Le mode proactif recommandé : anticipation des besoins citoyens, recherche de points de convergence, responsabilisation claire.

  • Gestion au jour le jour — décisions prises au gré des événements, sans stratégie directrice.
  • Communications contradictoires — ton infantilisant envers la jeunesse malgache, creusant le fossé intergénérationnel.
  • Fermeture aux critiques — blocage des commentaires sur les réseaux sociaux, privant le pouvoir de précieux retours citoyens.
Étude de cas — Forme vs fond

Le grand rassemblement à Ivato-Iavoloha : une mise en scène politique impressionnante suivie d'une absence totale d'actions concrètes — priorité constante à l'image plutôt qu'aux solutions tangibles, multiplication des cérémonies et discours sans suivi opérationnel ni amélioration des conditions de vie.

06 — Outils de communication de crise

La gestion de crise n'est pas qu'une affaire de réactivité.

  • Communication proactive — anticiper les besoins d’information, maintenir une présence constante, communiquer avant la rumeur.
  • Écoute active — monitorer les réseaux sociaux, analyser les sentiments, adapter le message selon les préoccupations réelles.
  • Gestion de réputation — réponse rapide aux critiques, transparence sur les difficultés, suivi des actions correctives.

Pour être efficace, une communication de crise doit être planifiée en amont — le cas Madagascar illustre les conséquences d'une approche réactive plutôt que proactive. C.R.I.S.E : Communication + Réactivité + Information + Suivi + Évaluation.